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Bribes de vie de bar en bar

Dans le Mac Do de la fin du monde – Scheveningen, 7 octobre 2009

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La dernière fois que j’ai vu autant de pluie tomber du ciel c’était dans la version technicolor de la bible. A l’époque je riais diaboliquement dans ma barbe en regardant des plus innocents que moi se faire engloutir par l’humide châtiment d’un dieu vachement irritable. Les plus naïfs étaient allés s’abriter sous des arbres sans se douter un instant que cette fois-ci Papa ne refermerait pas le robinet.

Seulement voilà bien quatre heures que je me suis réfugié dans ce Mac Do du milieu de nulle part fuyant la pluie qui n’arrête toujours pas de tomber, et là tout de suite la bible me semble nettement moins drôle. Et si dieu existait ? Et s’il était assez susceptible pour laver son honneur bafoué avec un divin tuyau d’arrosage ? Le père éternel aurait fini par craquer. Marre des blasphèmes, du foutage de gueule, des fidèles qui viennent à la messe juste pour draguer, des prêtres qui paient leurs séjours au Club Med avec le denier du culte. Marre du showbiz, des artistes à paillettes qui lui volent la vedette, des intellos criards qui lui mettent toutes sortes de génocides sur le dos. Marre de tout. Envie de remettre les compteurs à zéro. Envie de passer à autre chose, peut-être faire du yoga, créer des soleils, des ciels bleus, s’asseoir sur une caisse en bois et plonger les yeux dans cet infini là.

Ronald Mac Donald, 2h avant la fin du monde
Ronald Mac Donald, 2h avant la fin du monde
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Moi je me dis bien sûr que je voudrais bien rentrer vivant à la maison, rêver, aimer encore un peu, mais Papa a beaucoup souffert, Papa en a sa claque. On lui demande toujours tout et qu’est-ce qu’on lui donne ? Rien. Enfin si, il y en a qui lui donnent leur virginité, d’autres leurs cheveux, il y en a même qui lui offrent des p’tits bouts de zizi. Merci les enfants, c’est vraiment sympa de votre part, c’est adorable tous ces petits prépuces dans des mouchoirs en soie mais là vraiment j’ai pas la tête à ça, faut que j’fasse le point d’vant un whisky-coca. Chauffez-vous un truc au micro-ondes si vous avez faim, mais là moi vraiment j’ai besoin d’un break.

Et puis crac. Papa tire un trait sur tout. Il ouvre les vannes. Le déluge version 2.0. C’coup ci j’veux pas entendre parler de Noé au cœur pur ou des deux écureuils amoureux qui vont clamser en se serrant dans les bras. C’est pas mon problème, qu’il dit Papa. Il restera plus que les poissons et ce sera très bien comme ça. A part peut-être certains bébés phoques un peu chiants on n’a jamais vu un poisson emmerder le monde !

Dans mon Mac Do de la fin du monde, les gens commencent à comprendre. Nous sommes peut-être trois cent, quatre cent, serrés dans une petite salle qui sent bon l’huile de friture. Les vitres sont recouvertes de buée. Des milliers de gouttes s’écrasent à chaque seconde sur notre prison de verre. Ce verre qui ne nous protégera peut-être plus très longtemps. Des mères de famille rendent à leurs enfants jouets, cigarettes, couteaux et seringues confisqués. Tenez les jeunes, amusez-vous une dernière fois ! Les cris d’une ultime partie de jambes en l’air résonnent au fond de la salle. Une partie carrée d’ailleurs. Normalement c’est interdit par la bible mais vu que Papa vient de rompre unilatéralement le contrat, ce genre de clause ne pèse plus grand-chose. Devant un tribunal je pense même que ces libertins de la dernière heure pourraient plaider la légitime jouissance.

Le Mac Do de la fin du monde
Le Mac Do de la fin du monde
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Si seulement j’avais un parapluie je serais sorti voir la mer encore une fois avant de mourir, mais puisque je n’en ai pas, je suis obligé de rester à l’intérieur. Ce serait trop bête de bousiller des chaussures toutes neuves.

Ca y est, les lumières viennent de s’éteindre. La dernière centrale nucléaire du pays est sûrement en train de faire des bulles sous un océan de colère divine. Je me demande si quelqu’un lira jamais ces lignes.

Papa, si tu me lis, arrête s’il te plaît. On va changer tu vas voir, on va devenir sympas, rigolards, on fera plus d’guerres ou alors juste des p’tites, on se moquera pas de toi, on essaiera de te laisser tranquille et de se prendre en main nous-mêmes, on est grands maintenant. Steuplait Papa. On va arriver à l’faire marcher ce monde. Promis juré on l’fait. Donne-nous juste une dernière chance. Et j’te promets qu’on va l’tenir en bon état, nickel, avec tous les arbres et les pierres pile au bon endroit. On donnera des graines aux oiseaux, on se brossera les dents, allez steuplait Papa déconne pas !

Petit bonus: une chouette vidéo faite du collectif Superflex: le Mac Do englouti sous les eaux.

Rédigé par Keyvan Sayar

7 octobre 2009 à 6:02

Publié dans Général

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